Présente-toi en quelques mots.

Je suis un artiste Iranien, peintre et « graffiti artiste ». J’ai commencé à peindre à l’école et j’ai toujours aimé ça. A 14 ans je suis entré dans une école au cursus « art plastique » et à 20 ans aux beaux arts de Téhéran. Deux ans plus tard j’ai commencé le graffiti dans les rues parce que je pouvais y peindre des choses que les gens verraient sans qu’elles soient contrôlées par le gouvernement. Lors d’une de mes premières expositions à l’université, un inspecteur du ministère de la culture avait décroché l’une de mes toiles car elle représentait une femme nue.

D’un autre côté le graffiti a été pour moi une chance car il m’a libéré dans ma peinture. Je n’étais plus un artiste « en atelier » mais j’étais un peintre capable de peindre partout et à tout moment. Aussi il y avait une urgence quand je peignais dans la rue, une adrénaline qui me poussait vers une expression plus directe, plus instinctive.

Quels risques encourais-tu quand tu peignais en Iran ?

On ne sait pas quel risque on encourt en Iran quand on peint sur les murs, il n’y a pas de loi prévue pour ce délit si particulier, on peut encourir dix jours comme dix ans de prison selon le juge sur lequel on tombe et l’humeur dans laquelle il se trouve.

Ton travail reflète-t-il ton vécu en Iran ?

Aujourd’hui quand je peins je ne réfléchis pas, les pensées me viennent toutes seules, la Syrie, la guerre, la dictature. Je ne cherche pas à être politique mais ce sont des sentiments et des images qui me viennent car le pouvoir politique agit directement sur nos vies. En Iran, on ne peut pas s’embrasser dans la rue, quand j’étais adolescent on ne pouvait même pas marcher dans la rue main dans la main avec une fille que l’on aime.

Parle-nous de ta vie avant en Iran.

Je ne viens pas d’une famille de peintre, mon père était électricien, il ne comprenait pas mon attrait pour la peinture, pourtant peu avant sa mort, lorsqu’un de mes petits neveux a marché sans le vouloir sur l’un de mes dessins, il lui a dit de faire attention. J’ai vu qu’il y était devenu sensible.

Pourquoi as-tu quitté l’Iran ? Quitter l’Iran a-t-il été une nécessité pour exister en tant qu’artiste ?

Il y a dix ans, en 2007, j’ai été invité au musée MIAM de Sète, des amis artistes m’ont dit que je devrais profiter de cette exposition pour rester en France. Mais à ce moment là j’ai senti que j’avais besoin de retourner en Iran et j’en avais besoin avant tout pour nourrir ma peinture. Dix ans après, c’est à dire en 2015, quand l’institut du monde arabe m’a invité pour une conférence sur le mouvement Hip Hop, j’ai senti cette fois que je ne pouvais pas retourner en Iran et là aussi, c’était avant tout pour ma peinture.

Est-ce que ton travail est reconnu en Iran ?

En Iran, certaines personnes reconnaissent ma peinture, des galeries ont vendu mes toiles. Les gens qui aiment la peinture me connaissent de nom. Est-ce que ton travail a évolué depuis que tu habites en France ? Depuis que je vis en France ma peinture a évolué mais je ne suis pas certain que cette évolution soit due à mon changement de pays. Cependant, je constate qu’il y a beaucoup plus de couleurs dans mes peintures depuis que je suis en France, tout comme il y a beaucoup plus de couleurs dans les rues de Paris que dans les rues de Téhéran.

Peux-tu nous en dire plus sur ta technique ?

La technique dans ma peinture est très importante, mais je ne poursuis pas celle que j’ai apprise aux beaux arts, je cherche et je trouve toujours des nouvelles techniques. Pour moi la technique est personnelle.

Est-ce qu’il y a des artistes qui t’inspirent ou dont tu aimes le travail ?

J’aime particulièrement le travail de Francis Bacon, de David Hockney et de René Magritte. Ces trois artistes sont pour moi une base. Ils m’inspirent. Chez Bacon il y a l’instant, chez Hockney il y a la distanciation, chez Magritte la magie.